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This
site is a work of imagination, Renaud's persos pages. All works, exept
noted, are from the
author.
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KITS for SALE &
WARGAMME 30mm figs
Alterra1
limited edition resin kits series
SEQUENCIAL
ART
BD,
Comics....
FREE
DOWNLOADS
Card model and more...
ALTERRA
STORYLINE
Short
Introduction
Colonisation
Chronology
Quelques
Precisions
-
GEOGRAPHY/PLANET
Presentation
& Climatology
-
SHORT
STORIES
Lanthanids
(french+english 9000words)
Rouge &
Or
(Français, 3000mots)
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CHARACTERS/PERSONNAGES
Vena
Rel
Drovaks
More
Powersuit
female pilot, figure.
-
AIR
VEHICLES
Flying
Bike Kampferd
Flying
Bike winged Kampferd
Flying
Bike
Sharknoze
Recon rob
Silbertina
Airship
Son's
Invasion Submarines
-
GROUND
VEHICLES
Speed
Train
Mechas
Rel's special Mecha
Mechas 1/72 kits
Power Suit KARUNG
Power Suit GURTEL
Exoskel
Powersuit Krab
Arachnoid
The
Millepode
The
Millepode design story
The
Millepode 1/72 model
Citadels
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ALPHA
BASE
Presentation
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ARSENAL: Individual
Weapons:
Vena's
Plasma Mauser
Explosiv Spear
More
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ROUGE
ET OR
---Nouvelle/Short-Story
par ren, avril 2005, (environ 3000
mots)---
Voir
aussi "LANTHANIDS",
9000
mots.
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------CONTEXTE-----
Une
poignée d'hommes errants dans le cosmos
découvrent Alterra, un monde miraculeusement accueillant.
Ils s'installent et la colonisation commence.
-------SYNOPSIS------
Dekar
est appelé dans un village de pionniers afin
d'éliminer un animal meurtrier qui se cache à
proximité. Il y retrouve par hasard Onlee, l'amour de son
adolescence.
|
1
Après la
première attaque, on organisa une battue. Une trentaine de
personnes furent réunies et on fouilla les bois en
espérant débusquer l'animal meurtrier, mais on ne
trouva rien. On enterra la victime, et chacun rentra chez soi. Quelques
jours plus tard, lorsqu'un deuxième corps fut
découvert, l'administrateur des Terre Jaunes (1)
câbla à tous les villages limitrophes et
rapidement près de deux cents personnes furent
réunies. On commença la chasse en pleine nuit, et
elle se prolongea jusqu'au lendemain, en fin de soirée. On
tua suffisamment de gibier pour des mois, dont un très bel
arfang (2) mâle.
2
Mais les langues
s'étaient déliées : les blessures
relevées sur les corps ne correspondaient pas à
celles qu'aurait pu faire un arfang. Un prédateur inconnu
itinérant avait du passer dans les environs et trouver la
chair humaine à son goût. La faune alterrienne
n'était pas encore totalement
répertoriée et celui qui vivait à la
campagne pouvait observer de nouvelles espèces presque
chaque jour. Personne n'était rassuré, et pendant
quelques semaines on s'astreint à ne pas
s'éloigner des zones habitées sans arme ou sans
raison importante. Puis la discipline se relâcha et l'on
trouva bientôt une troisième victime... A la
minute même où il eu connaissance du nouveau
drame, l'administrateur telephonna directement à son cousin,
le seigneur d'Onlag. Celui-ci l'écouta attentivement exposer
les faits, puis il raccrocha et joignit immédiatement un
autre correspondant. Il y eu une cascade d'appels et quelques minutes
plus tard, Dekar fut à son tour en communication.
3
Dekar était un
individu
atypique, officiellement employé par l'université
de Lemure, bien qu'en pratique il ne rendit des comptes qu'au seigneur
Tarel d'Itche. Il prospectait sur les ordres de ce dernier dans les
coins reculés de toute les Provinces, suivant les besoins de
tel ou tel universitaire à qui Tarel devait quelque chose ou
dont il cherchait à s'attirer les services. Dekar
était une sorte de surdoué du terrain, ses
connaissances pratiques et ses capacités d'observation
avaient peu d'équivalents. Plantes, animaux,
minéraux, peu de choses lui échappaient. Il
passait son temps en itinérant, cherchant une plante ici, un
minerai là, dormant à la belle étoile,
se lavant dans les sources. C'était un individu
plutôt associal, mais sûr, qualité
grâce à laquelle il avait gagné la
protection du puissant Tarel. Pour l'aider dans son travail, ce dernier
lui avait fourni un équipement représentant un
véritable trésor: un communiqueur longue
distance, appareil très rare et extrêmement
difficile à fabriquer. Un sondeur originel, une merveille
provenant de la Terre même, et qui accompagna jadis les
premiers colons lorsqu'ils débarquèrent dans le
nouveau monde. Cet équipement, à lui seul, en
disait long sur la confiance que le seigneur accordait à cet
original. Dekar emportait aussi une pièce historiquement
exceptionnelle, une des premières armes à canon
rayé et propulsion plasma, synthétisée
dans les premières années de la colonisation,
pour la chasse et le tir à très longue distance.
Une merveille d'exactitude, un canon de céramique de quatre
pieds de long, aux rayures parfaites. Rien à voir avec les
carabines que l'on fabriquait aujourd'hui... Et bien sûr, la
moto qu'il utilisait pour se déplacer : un engin assez
habituel, fonctionnant avec des bouteilles standard d'hydrocarbure, et
généralement utilisé par les petites
communautés comme moteur ambulant, tracteur, engin de
liaison... Et il avait un chien, "Tymo". Encore un
privilège. La réglementation sur les chiens
était extrêmement stricte, car il
n'était pas question qu'ils s'échappent et
prolifèrent dans la nature. Les conséquences sur
la faune pouvaient s'avérer catastrophiques. Lorsqu'il
raccrocha, Dekar se sentit gagné par une nostalgie
inattendue : les Terres Jaunes se situaient juste a coté du
village où il avait passé une bonne partie de sa
jeunesse, le Bois Sacré. Il régla en quelques
heures la mission qui l'occupait dans son coin perdu du Nord d'Itche,
puis il s'endormit avec le peuple-mémoire de quelques
rêves de jeunesse. Dès l'aube du lendemain, Tymo
bien installé dans la caisse à
échantillons, il enfourcha son gros deux roues dont le
moteur ne s'arrêta que quinze heures plus tard, devant le
bâtiment central commun des Terres Jaunes.
4
Bien qu'il fut dans un rustique
village de pionniers, son apparence sauvage lui valu bien des coup
d'oeils interrogateurs. Torse nu, bronzé à
l'extrême et couvert de poussière, on eut dit
qu'il portait une vielle veste moulante de cuir
délabrée par les intempéries. Son
pantalon de peau, ses bottes montantes, et sa casquette informe,
complétait son costume couleur de terre. Sur son visage, la
poussière s'était incrustée dans sa
barbe et à moins de l'observer de près, on
croyait qu'il portait un masque de motard. Il releva ses lunettes de
protection, mit la machine sur sa béquille, et s'epousseta
pendant de longues minutes. Il vérifia que le sondeur
était toujours dans son étui à sa
ceinture, puis il pénétra dans le
bâtiment, laissant Tymo de garde. Il se trouva face
à un jeune homme qui triait des documents
derrière un comptoir.
- Je suis
l'envoyé du seigneur Tarel d'Itche; pour votre
problème d'animal meurtrier. Le jeune leva les yeux, resta
un instant silencieux, puis ouvrit finalement la bouche et bredouilla:
- Euh ....oui... monsieur l'administrateur n'est pas
là; je vais prévenir madame, elle va vous
recevoir. Il se leva, parcouru le couloir, et frappa à une
porte. Il entra et ressortit rapidement.
- Par ici, s'il
vous plait. Dekar lui emboîta le pas. Le jeune homme
s'effaça devant la porte et lui fit signe d'entrer. Dekar
pénétra dans la pièce. Il douta un
court instant, mais lorsqu'elle leva les yeux et qu'il croisa son
regard, il la reconnue.
5
Il ne l'avait pas vue depuis
plus
de quinze ans, mais elle ne l'avait pas quitté.
C'était l'amour de sa jeunesse, la fille dont il
était tombé amoureux adolescent. Il ne l'avait
jamais embrassé, ne s'était même jamais
déclaré, trop timide et maladroit qu'il
était à cette époque maintenant
lointaine. Il l'avait rencontrée dans la classe des ados et
en quelques jours, quelques échanges, son coeur avait fait
sa moisson pour toujours. Elle n'avait pas une physionomie remarquable,
et il était bien le seul à qui elle plaisait.
C'était une personne toujours discrète, simple,
presque invisible de banalité. Mais il avait très
vite senti qu'il ne s'agissait que d'une illusion de
banalité. Il lui avait surpris des regards d'un rare pouvoir
pénétrant. Ceux qui s'étaient
risqués à se moquer d'elle s'étaient
d'abord vus exposés un silence indifférent, puis
la seconde fois, à des répartis inattendues et
tellement cinglantes qu'ils avaient instantanément compris
qu'il ne fallait pas se frotter a elle. C'était un femelon
(3) pacifique et toujours calme, mais aussi extrêmement
vénéneux. Elle comprenait presque tout, vite, et
en général avant tout le monde. Adolescente, elle
avait un physique léger et nerveux. Au tir, au jeu de
ballon, elle n'était guère brillante, ainsi que
dans la plupart des disciplines qui demandait beaucoup
d'habilité manuelle. Mais sa mémoire
était remarquable et elle excellait dans les
épreuves d'endurance. Il
se rappelait toujours la course du
Jour Long, une épreuve où tous les adolescents
devaient effectuer un long trajet qui durait une dizaine d'heures,
ponctué d'épreuves diverses, seulement muni de la
ration d'eau estimée nécessaire. Il l'avait
observée du coin de l'oeil, parce que bien sûr, il
ne s'intéressait qu'à elle, même s'il
faisait tout son possible pour le dissimuler. Elle avait
transpiré et souffert comme tout le monde, mais elle
était dans le peloton de tête des filles. Pour
lui, la chose était un peu moins pénible: les
garçons sont généralement sensiblement
plus rapide que les filles, et il avait pu s'accorder à son
allure sans démériter; parce qu'arriver le mieux
placé l'intéressait infiniment moins que
d'être à coté d'elle. En approchant de
l'arrivée, il l'avait vue, elle était
extenuée mais avait encore un peu de ressource. Elle avait
largement assurer dans les épreuves
intermédiaires, et cela lui avait fait gagner de
précieuses minutes qui la mettait à la hauteur
des sportives les plus fanatiques. Dans un jour exceptionnel comme
celui-la, elle aurait naturellement du se vider les tripes et arriver
première des filles de sa catégorie. Mais elle
avait levé le pied, il en était
persuadé, et s'était contentée de la
deuxième place. Pourquoi? Il n'avait pas d'explication
vraiment satisfaisante. Elle avait laissé la
première place à la super vedette
féminine qui faisait tourner toutes les têtes,
elle n'avait pas de raison de lui faire ce cadeau. Mais pour une
obscure raison connue d'elle seule, elle s'était
effacée. Son amour pour elle s'était alors
totalement cristallisé. C'était un
garçon sensible, et ce secret qu'il partageait avec elle
-à son insu- l'avait submergé. Ils se
côtoyèrent en amis de classe encore une
année, sans qu'il parvienne à se
déclarer, cloîtrer dans une admiration muette.
Puis son père mourru, et il était parti en Ur
vivre chez son oncle. Les années passèrent. Avec
le temps, il l'idéalisa. Son image habitait son esprit, il
ne s'en défaisait pas. Il la voyait dans ses
rêves, et parfois, il l'apercevait au loin, dans la
réalité, marchant parmi d'autres gens. Il courait
pour la rattraper, la saluer, mais ce n'était pas elle.
Seulement une femme qui lui ressemblait, de dos, ou de loin... Il
vivait avec une icône, basée sur un
véritable individu, mais embellie et magnifiée
par un rêve de perfection et de pureté amoureuse.
Une icône se figeait petit à petit...sans jamais
s'effacer. Les couleurs de la mémoire se ternissaient, alors
il les ravivait par l'imagination.
6
Elle se leva, et lui sourit.
Elle
avait toujours ce sourire étrange, un peu en coin.
Étant enfant, elle était tombée d'un
arbre et s'était méchamment
déchiré la joue sur une branche pointue. Le
médecin avait réduit la plaie, et fait en sorte
qu'il n'y ait qu'une cicatrice presque invisible. Mais cette vieille
blessure redevenait perceptible lorsqu'elle souriait largement. Son
aspect avait bien changé. Sa taille de guêpe s'en
était allée, mais elle gardait une silhouette
fine et équilibrée. Elle portait une robe blanc
cassé ajustée, en tissu de qualité,
fort bien coupée. Une ceinture autour de sa taille avait
pour boucle un bijou de métal argenté,
représentant l'Oiseau Lumineux, emblème de la
maison de Siler (4). C'était la signature de son mariage
avec un noble de la maison, selon les apparences, l'administrateur des
Terres jaunes. De part et d'autre de la boucle, sept
médailles, une pour chacun de ses enfant ou des jeunes dont
elle avait la charge. Deux serpents tatoués partaient de ses
mains et s'enroulaient autour de ses bras nus, jusqu'aux
épaules. Ils devaient se nouer sur le plexus solaire, selon
la tradition de ce motif. Un tatouage très bien
exécuté par un artisan de haut vol. Un
thème plutôt rare, car douloureux et long
à réaliser, mais d'une esthétique et
d'un symbolisme marquants. Autour de son cou, un large collier pectoral
reposait sur ses épaules, signe de son appartenance
à la classe des administrateurs. Comme elle
n'était pas de naissance noble, ce dernier ne comportait
aucune pierre, aucun métal précieux. Il
était simplement constitué de fibres
végétales tressées qui reprenaient des
dessins géométriques courants. Ses cheveux bruns
étaient attachés derrière sa
tête, sans aucune cérémonie, ses yeux
gris d'eau étaient toujours aussi
pénétrants, bien que d'une nuance devenue un peu
plus claire. Une Onlee (5) apparemment bien
éloignée de la petite roturière tenace
de jadis, qui passait parfois pour un laideron, et que l'on jalousait
pourtant bien vite. Autorité et
légèreté...
7
Elle sortit de
derrière
son bureau. Ils se saluèrent: d'abord la main sur la
poitrine, puis la paume se retournant doucement vers l'autre personne.
Ils restèrent ainsi de longues secondes, se
dévisageant, puis leur paumes s'avancèrent et se
mirent en contact l'une avec l'autre, en signe d'amitié.
Leurs effluves réciproques, matériels et
immatériels, se rejoignaient. Dekar rêva que leurs
doigts se nouaient, comme deux amoureux qui se retrouvaient... Ensuite,
ils se prirent fraternellement dans les bras l'un de l'autre, et
rajeunirent quelques instants d'une génération...
Finalement, elle s'assit décontractée sur son
bureau, et indiqua d'un geste un siège à Dekar.
Elle l'observa d'un air amusé, le sauvage qui venait de
débarquer dans son monde gentiment civilisé.
- Alors c'est toi l'envoyé de ce vieux renard de
Tarel. Bienvenu au pays, mon Dekar. Tu as peu changé;
toujours aussi élégant et nomade... Il y avait un
soupçon d'ironie sympathique dans ces derniers mots.
- Je me suis bien secoué avant d'entrer pour ne
pas mettre de la poussière partout...
- Tu peux
bien mettre deux tonnes de poussière dans mon bureau si tu
nous débarrasses de cette bestiole...
Elle fit
préparer par le jeune homme de l'entrée un
maté (6) doucereux accompagné de quelques
biscuits. Quand elle vit à quelle vitesse ces derniers
disparurent, elle fit chercher une copieuse assiette de riz et de
viande en sauce. Ils se racontèrent leur vie de ces quinze
dernières années. Toute jeune, elle
était entrée au service de la famille
administrant les Terre Jaunes, et on l'avait rapidement
chargée de toute sortes d'affaires. Elle avait
habitée la capitale de Siler, toujours au service de la
famille. La suite se fit naturellement, et elle avait fini par revenir
au pays, en quelque sorte avec une belle promotion sociale.
8
Quand Dekar fut
rassasié, elle ouvrit un petit placard et en sorti une
bouteille d'alcool. D'un tiroir de son bureau elle prit une boite de
cigare et lui en proposa un. Il regarda, le renifla, et fit une grimace
sans équivoque. Il fouilla dans une poche de son pantalon.
-
J'ai mieux, dit-il. Je fais ça moi même quand
c'est la saison. L'aspect n'était pas terrible, et Onlee
craignait un produit très fort. Elle en mit un en bouche, et
se pencha vers Dekar qui lui donna du feu en disant:
- Le
plus important, c'est le moment de la récolte... Elle fut
surprise par le parfum subtil, et la finesse du goût. L'effet
désinhibateur vint immédiatement et elle se dit
qu'elle devrait veiller à ne pas exagérer. Elle
rentra dans le vif du sujet.
- Voila des photos des corps.
Le premier a été enterré dans un
simple linceul, mais j'ai fait mettre le deuxième en
cercueil avec cent kilos de natron (6). J'ai vu venir le
problème. Le troisième est toujours dans la glace
au dispensaire. Dekar examinait les photos.
- Ouais.....ouais... ça ce n'est pas un prédateur
connu. Comme ça, vite fait, je dirai que c'est une
espèce inconnue qui s'est établi dans le coin et
cherche à faire le vide sur son territoire. Regarde, ce
n'est pas tuer pour manger, c'est une exécution. Il
indiquait des parties des différentes photos. Tu vois, les
corps sont presque intacts à part les parties où
les blessures ont provoquées la mort; la bestiole
à tout de même goûté
là (il indiqua les parties génitales) mais
ça n'a pas l'air de lui avoir plut.
- Cela ne
pourrait pas être un crime? Je veux dire, l'oeuvre d'un
malade ?
-Il faudrait qu'il soit vraiment balaise... tu
vois, pour tuer comme ça, il faut une sacrée
force. Un homme ne peut pas tuer comme ça; à
moins...
- A moins ?
- A moins qu'on ait affaire
à quelqu'un de très imaginatif; il pourrait
s'être fabriquer une énorme pince, avec un gros
bras de levier et des mâchoires
façonnées pour simuler une morsure d'animal...
- Un peu tiré par les cheveux.
- Sûr. Je te donne juste une possibilité.
Je n'y
crois pas un instant. Si on n'élimine pas vite fait cette
bestiole vous allez avoir du mal à....
- Du mal
à récolter, à cueillir, et
même à se promener...
- Nocturne ou
diurne? La question lui vint soudain.
- Hmm... Elle feuilleta
le dossier. Tangent. Plutôt en fin de journée dans
ce cas. Dans les autres... elle tournait des pages; début de
nuit, semble-t-il... Elle lui remit tous les
éléments qu'elle possédait et il parti
se doucher, puis dormir. Il ne s'assoupit que peu de temps dans la
salle réservée aux gens de passage. Le lendemain,
il étudia le corps dans la glace et fit exhumer les deux
autres. Il squatta quelque peu le bâtiment administratif pour
étudier les cartes, avec les emplacements et les
circonstances des drames. Il parla longuement avec le sergent d'armes,
qui s'était occupé de l'affaire depuis le
début. Pour répondre à d'autres de ses
questions, Onlee passa elle-même une multitude de coups de
fils partout dans le Premier Pays (7). Elle prenait des notes
brèves dont elle lui faisait lecture au fur et à
mesure. Le Fils (8) administrateur en titre, le mari d'Onlee, fit un
bref passage et reparti rapidement, voyant que l'affaire
était en bonnes mains.
9
Le deuxième jour, Dekar
se fit prêter un revolver de gros calibre -son arme antique
n'était pas l'idéal à courte distance-
et il se rendit aux endroits tragiques avec son deux roues. Il
commençait à se faire une idée du
prédateur. Ce devait être un très gros
animal, chassant en se déplaçant silencieusement.
Un animal intelligent, apparemment de la famille des trentas (9). Il
trouva des indices intéressants, mais rien de
décisif ni de directement exploitable. Les lieux avaient
été piétinés par plusieurs
personnes et le sergent d'armes n'avait pu isoler rapidement et
efficacement les zones. Toutefois, Dekar préleva un peu de
boue séchée, dans laquelle il y avait des poils
et un fragment de feuille. La conjonction de ces trois
éléments amenait à des conclusions
à peu prés fiables. Le sergent d'armes se chargea
de vérifier que cette boue n'avait pas
été emmenée par une des personnes qui
avait fréquenté les lieux. Rien
n'était absolument certain, mais l'indice semblait
authentique. Les poils n'appartenaient pas à une
espèce connue ou du moins courante, leur couleur et leur
texture étaient particulières. La boue ne pouvait
provenir que de certaines zones humides et la feuille était
bien connue de Dekar : cette plante, le cylas, avait des vertus
désinfectantes, une forte odeur caractéristique,
et ne poussait en abondance qu'à un endroit du pays. Il fit
renifler l'échantillon à Tymo qui lui
répondit par un regard circonspect. Au moins l'animal
avait-t-il mémorisé les odeurs, ce qui serait
surement utile par le suite.
10
Durant tous ses
déplacements, Dekar restait en contact avec Onlee
grâce à son communiqueur. Cette
dernière faisait parallèlement d'autres
recherches et il se retrouvèrent le soir, pour
débriefer.
- J'ai mon idée, lui
dit-il. Je pense que la bête doit avoir son repaire dans le
bois de cylas, au nord. C'est le cas de certains trentas, ils se
frottent sur les feuilles au sol, s'en font une litière, et
dorment souvent dedans. Ça les aide à
éliminer leur parasites. J'irai demain.
Si prés
d'elle, son coeur ruait dans sa poitrine. Il lui semblait ne l'avoir
jamais quittée. Quinze ans après, il la trouvait
peu changée dans le fond. Elle était encore cette
camarade souriante, aimable et compétente. Il
n'était toujours pas capable de lui prendre la main
11
Le lendemain, il se leva
tôt et parti vers le bois de cylas. Il pourrait faire le plus
long du chemin en moto, mais il lui faudrait marcher plusieurs heures
ensuite, à cause du relief caillouteux. Onlee trouvait
inutilement dangereux qu'il parte seul, mais il l'avait convaincue que
plusieurs personnes seraient moins silencieuses et que la
bête devait être prise par surprise. Si jamais son
hypothèse était bonne et qu'elle fut vraiment
dans le bois, endormie pour la journée... Toutes les heures,
il rendit compte à Onlee de sa progression. Vers midi, il
lui dit qu'il ne pourrait peut-être plus l'appeler, afin de
ne pas faire le moindre bruit. Onlee eut une mauvaise intuition et elle
lui demanda de rebrousser chemin. Il refusa; elle insista. Elle se fit
même autoritaire. Sans succès. Elle finit par
jouer sa dernière carte : elle le supplia. Il
hésita, mais finalement ne renonça pas. Vers le
milieu de l'après midi, il l'appela, murmurant rageusement
dans le micro: Ñ Elle a tué Tymo! La salope! Elle
n'est pas loin, je vais l'avoir. Onlee, tu dois savoir...
- Oui? Elle lui répondait de sa belle voix de brune
qu'il
entendait comme un message d'un au-delà paradisiaque. Elle
cachait son angoisse, il était inutile d'en rajouter.
-
Euh... te fais pas de bile; le problème sera
bientôt réglé. Onlee sentit le
tremblement de sa voix. Elle se demanda pourquoi il prenait tant de
risques, elle cherchait à comprendre. Elle conclut que si la
tâche lui paraissait extrêmement risquée
à elle, pour lui ce n'était pas si terrible. Elle
mit le ton de sa voix sur le compte de la tension qu'il vivait. Mais
cette explication facile ne la satisfit pas pleinement. Quelque chose
lui échappait, elle le sentait.
- Iloy! cria-t-elle au jeune
réceptionniste, fais chercher le pilote et dis lui de
préparer l'hélico ! Elle sortit en petite
foulée, s'arrêta chez elle à quelques
dizaines de mètres, gravit quatre à quatre les
escaliers qui menaient à sa chambre. Elle enleva sa robe
d'un geste, et enfila une veste et un pantalon de peau
légére, ainsi qu'une paire de botte, le tout en
une minute. En redescendant, elle prit le fusil court dans le vestibule
et remplit une de ses poches de munitions; des "têtes
rouges", les plus méchantes, pour gros gibier. Elle arriva
essoufflée au hangar des machines communes, en
périphérie du village. L'engin volant ne servait
que rarement, en raison de son coût de fonctionnement. Elle
avait un pilote attitré, le jeune Jaan, car son usage
n'était pas des plus simple. Il l'attendait. Il vint vers
elle, le regard interrogateur.
- Madame ?...
-
Jaan! Nous allons au nord. Elle chercha du regard la carte murale.
- Ici. Avons nous assez d'autonomie ? Le doigt de Jaan
parcouru un listing suspendu à côte de la carte;
il mesura la distance et fit un rapide calcul.
- Tout juste.
Qu'allons nous y faire ?
- L'envoyé de la
capitale à du fil à retordre avec la
bête et je crains le pire. Son communiqueur ne
répond pas. Je ne veux pas un autre mort; ç'est
urgent !
- Nous allons nous traîner à
deux, madame, ce n'est pas une machine trés puissante... Je
peux y aller seul.
- Non, Jaan. Je ne peux pas t'expliquer,
pas le temps. Je connais tous les détails de cette affaire,
cet animal est très dangereux. Si Dekar est
blessé, je veux pouvoir le ramener, et si nous sommes deux
je ne vais pas laisser quelqu'un seul là-bas avec ce monstre
autour. Je devrais m'en sortir. Onlee savait un peu utiliser
l'hélico. Elle avait fait raconter sa vie au pilote
dés les premières fois où ils avaient
volés ensemble, elle en tant que passagère, en
général pour des affaires officielles. Par la
suite, elle s'était fait expliquer les commandes et les
manoeuvres. C'était une petite machine très
légère, deux places assises maximum, un seul
occupant permettait plus de vitesse et d'autonomie. Cependant, elle
n'était pas un as. Voler était dangereux, son
manque d'expérience ne la mettait pas en totale
sécurité. Onlee n'était pas une
téméraire, elle était même
carrément aux antipodes de la tète
brûlée. Mais elle était aussi
très éloignée de la
lâcheté et de la passivité. Elle ne
resterait pas sans bouger. Jaan avait déjà
démarré la turbine et fit toutes les
vérifications nécessaires. Il prépara
une carte pour Onlee, qui tentait de joindre Dekar par la radio de
l'hélico. Jaan remplaça le medi-pack habituel par
un plus gros, sous le siége du passager, et il passa
quelques minutes avec Onlee, lui faisant des recommandations
importantes, surtout si elle devait tarder sur place et ensuite voler
de nuit pour le retour. Il lui glissa une petite lampe torche dans sa
poche de poitrine, lui ajusta le casque et le harnais tout en lui
répétant les consignes indispensables. Onlee
décolla relativement proprement, et tout au long du trajet
Jaan resta en contact radio afin de l'assister dans la navigation et le
pilotage. Onlee eut des difficultés à trouver le
bois de cylas, ce qui la fit consommer plus de carburant que
prévu. Le retour serait peut-être compromis. Elle
survola tout le bois pour repérer Dekar. Ses craintes furent
confirmées : elle le vit gisant, inerte, couché
sur le sol. Elle avait faillit: elle l'avait laissé se
rendre seul dans un endroit dangereux, sans précaution
particulière. Elle se posa sans casse à une
centaine de métres, la où le terrain le
permettait. Elle coupa la turbine pour économiser le
carburant, dégrafa son harnais, et sorti de la cabine l'arme
dans une main, le medi-pack dans l'autre. Elle espérait que
la bête ait eu peur du bruit et qu'elle s'était
enfuie, c'était d'ailleurs probablement ce qui
s'était passé. Elle réalisa qu'elle
venait peut-être aussi de se jeter dans la gueule du loup, et
qu'elle pouvait faire le cinquième cadavre dans quelques
secondes ou quelques minutes. Elle parcouru la distance qui
séparait la zone d'atterrissage de l'endroit ou Dekar
gisait, des ecchymoses sur tout le haut du corps, du sang dans les
cheveux, inconscient. Il respirait encore,
irrégulièrement. Elle s'accroupit et mis la
tête du blessé sur ses genoux, posant l'arme,
ouvrant précipitamment le medi-pack. Alors, elle sentit la
présence. Elle leva les yeux, et vit la bête,
paisiblement allongée à une dizaine de pas, tout
contre un buisson qui l'avait rendue invisible. Une bête
superbe et énorme, dont les yeux d'or la fixaient. Onlee
sentit une lame de glace lui parcourir le dos; elle ne bougea pas un
cil pendant de longues secondes, puis lentement, elle tourna les yeux -
seulement les yeux - vers l'arme à portée de
main. La bête émit un grognement léger,
et Onlee renonça à saisir le fusil. Elle eut une
perception inhabituelle. Elle regarda la bête dans les yeux,
des yeux d'or rivés aux siens, parfaitement immobiles. Elle
eut la conviction que la bête ne l'attaquerait pas. Une
conviction viscérale, qui n'avait rien de logique, mais dont
elle ne douta pas. Sur ses genoux, elle sentait la conscience de Dekar
oscillait. Elle n'avait pas vu cet ami d'enfance depuis quinze ans, et
deux jours après l'avoir retrouvé, il agonisait
dans ses bras. Une émotion la submergea. Une
émotion oubliée. Elle était redevenue
une toute jeune fille, irradiant pureté et
virginité, accueillant dans un léger balancement
la brise et la lumière tiède du soleil. Il n'y
avait plus de mensonge, de politique, de combativité. Son
coeur implosa comme jamais depuis tant d'années, et elle se
mit à pleurer. Elle pleura leur jeunesse et leur innocence
perdue. Elle pleura ce monde partit à jamais, la
sincérité, la spontanéité,
l'enfance. Elle se revit toute jeunette, jouant au ballon avec d'autres
enfants de son âge. Puis un peu plus tard, un peu plus
âgée, elle revit les fréquentations de
sa jeune adolescence, et un Dekar qui lui souriait maladroitement. Elle
eut une sensation de brûlure diffuse dans le ventre et dans
la bouche un goût amer. Elle avait maintenant une quinzaine
d'années. C'était le Jour Long, qui venait de
commencer, très tôt, dans la nuit. Elle avait
joué le jeu, mais pas jusqu'au bout : la gloriole ne lui
apportait rien, elle savait ce dont elle était capable, et
préférait garder ses cartes secrètes.
Elle avait finit l'épreuve avant l'arrivée de la
forte chaleur. Epuisée, avec quelques camarades, elle
était allée faire la sieste sous les
châtaigners de ce coin de l'extrême nord de Bois
Sacré. Elle rouvrit les yeux, le corps encore
trempé par la course, avec toujours Dekar sur ses genoux. La
bête n'avait pas bougé. Elle se léchait
tranquillement une de ces énormes pattes. Onlee se savait
perturbée, elle n'était pas dans un
état normal. Elle transpirait, mais son corps
était glacé. Elle caressa la joue
brûlante de Dekar, qui réagit en tressaillant.
Onlee releva la tête et croisa le regard hypnotique de la
bête. Elle se perdit dans l'or de ses iris. Elle vit Dekar
jeune, adossé contre un arbre, et elle se vit endormie, la
tête reposant sur les jambes de son camarade. Il la couvrait
passionnément du regard. Elle se vit à travers
ses yeux, respirant doucement, les paupières
fermées, les lèvres délicatement
closes. Le Jour Long. Il y eut un voile d'or et elle distingua,
à quelques dizaines de pas du groupe d'ados endormis, bien
cachée dans un taillis, une portée de boules de
poils naît depuis peu. Alors elle réalisa : la
bête était l'un de ces petits, et elle l'avait
ramené à ce passé par son regard
doré. L'or sonnait dans l'esprit d'Onlee:
-....
à peine née j'ai entendu la Voix,
la
Voix qui couvre tout,
qui
regarde la Paisible, l'Endormie...
Et
puis la Voix est partie,
et
je l'ai cherchée, cherchée....
J'ai
parcouru les plaines et les bois,
Les
sols de pierre et les terres humides...
Et
je Vous ai retrouvés...
et
je Vous ai réunis...
Comme
au tout Début,
quand
je me suis éveillée,
Quand
la lumière et la matiére sont apparue,
Quand
j'ai entendu la Voix qui couvre tout...
Au
début du monde...
Je
vous ai réunis...
......
Onlee posa une main sur la
poitrine de Dekar. Elle sentit son coeur battre. Il avait ouvert les
yeux et la fixait comme une apparition, des reflets dorés
dans le regard. Elle se pencha doucement et l'embrassa. La
bête se leva en baillant, puis disparu dans les
fourés.
Fin. |
Premier
Pays: à l'époque
où se déroule l'action, le Premier pays est le
seul territoire
occupé par les hommes. Il comporte plusieur provinces, dont
Itché, Siler, et Lemure.
(1) Terres Jaunes : Village de
pionniers,
limitrophe du village de Bois Sacré. Tous deux sont
situés dans la province de Siler.
(2) Arfang : gros
prédateur alterrien
assez commun, court sur pattes, chassant géneralement aux
aguets.
(3) femelon : jeune animal femelle.
(4) Oiseau Lumineux,
emblème de la province - et de la Maison - de Siler. Il
s'agit d'un oiseau assez comparable au corbeau, en forme comme en
moeurs, à part sont plumage totalement argenté.
(5) Onlee : prénom de l'administratrice de fait des Terres
Jaunes.
(6) Maté : infusion d'herbe dynamisante.
(7) Natron
: sel desséchant les chairs et ayant une action
conservatrice.
(8) Fils: titre; exactement: "Fils du Miracle"; en
référence aux circonstances miraculeuses qui
permirent la decouverte d'Alterra. Porté par les descendants
directs des douze premiers colons.
(9) Trentas : carnassier puissant et
rapide, souvent itinérant, réputé
insaisissable. |
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