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-last update: Sept 2008

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ROUGE ET OR
---Nouvelle/Short-Story par ren, avril 2005, (environ 3000 mots)---
Voir aussi "LANTHANIDS", 9000 mots.
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------CONTEXTE-----
Une poignée d'hommes errants dans le cosmos découvrent Alterra, un monde miraculeusement accueillant. Ils s'installent et la colonisation commence.

-------SYNOPSIS------
Dekar est appelé dans un village de pionniers afin d'éliminer un animal meurtrier qui se cache à proximité. Il y retrouve par hasard Onlee, l'amour de son adolescence.

1
Après la première attaque, on organisa une battue. Une trentaine de personnes furent réunies et on fouilla les bois en espérant débusquer l'animal meurtrier, mais on ne trouva rien. On enterra la victime, et chacun rentra chez soi. Quelques jours plus tard, lorsqu'un deuxième corps fut découvert, l'administrateur des Terre Jaunes (1) câbla à tous les villages limitrophes et rapidement près de deux cents personnes furent réunies. On commença la chasse en pleine nuit, et elle se prolongea jusqu'au lendemain, en fin de soirée. On tua suffisamment de gibier pour des mois, dont un très bel arfang (2) mâle.

2
Mais les langues s'étaient déliées : les blessures relevées sur les corps ne correspondaient pas à celles qu'aurait pu faire un arfang. Un prédateur inconnu itinérant avait du passer dans les environs et trouver la chair humaine à son goût. La faune alterrienne n'était pas encore totalement répertoriée et celui qui vivait à la campagne pouvait observer de nouvelles espèces presque chaque jour. Personne n'était rassuré, et pendant quelques semaines on s'astreint à ne pas s'éloigner des zones habitées sans arme ou sans raison importante. Puis la discipline se relâcha et l'on trouva bientôt une troisième victime... A la minute même où il eu connaissance du nouveau drame, l'administrateur telephonna directement à son cousin, le seigneur d'Onlag. Celui-ci l'écouta attentivement exposer les faits, puis il raccrocha et joignit immédiatement un autre correspondant. Il y eu une cascade d'appels et quelques minutes plus tard, Dekar fut à son tour en communication.

3
Dekar était un individu atypique, officiellement employé par l'université de Lemure, bien qu'en pratique il ne rendit des comptes qu'au seigneur Tarel d'Itche. Il prospectait sur les ordres de ce dernier dans les coins reculés de toute les Provinces, suivant les besoins de tel ou tel universitaire à qui Tarel devait quelque chose ou dont il cherchait à s'attirer les services. Dekar était une sorte de surdoué du terrain, ses connaissances pratiques et ses capacités d'observation avaient peu d'équivalents. Plantes, animaux, minéraux, peu de choses lui échappaient. Il passait son temps en itinérant, cherchant une plante ici, un minerai là, dormant à la belle étoile, se lavant dans les sources. C'était un individu plutôt associal, mais sûr, qualité grâce à laquelle il avait gagné la protection du puissant Tarel. Pour l'aider dans son travail, ce dernier lui avait fourni un équipement représentant un véritable trésor: un communiqueur longue distance, appareil très rare et extrêmement difficile à fabriquer. Un sondeur originel, une merveille provenant de la Terre même, et qui accompagna jadis les premiers colons lorsqu'ils débarquèrent dans le nouveau monde. Cet équipement, à lui seul, en disait long sur la confiance que le seigneur accordait à cet original. Dekar emportait aussi une pièce historiquement exceptionnelle, une des premières armes à canon rayé et propulsion plasma, synthétisée dans les premières années de la colonisation, pour la chasse et le tir à très longue distance. Une merveille d'exactitude, un canon de céramique de quatre pieds de long, aux rayures parfaites. Rien à voir avec les carabines que l'on fabriquait aujourd'hui... Et bien sûr, la moto qu'il utilisait pour se déplacer : un engin assez habituel, fonctionnant avec des bouteilles standard d'hydrocarbure, et généralement utilisé par les petites communautés comme moteur ambulant, tracteur, engin de liaison... Et il avait un chien, "Tymo". Encore un privilège. La réglementation sur les chiens était extrêmement stricte, car il n'était pas question qu'ils s'échappent et prolifèrent dans la nature. Les conséquences sur la faune pouvaient s'avérer catastrophiques. Lorsqu'il raccrocha, Dekar se sentit gagné par une nostalgie inattendue : les Terres Jaunes se situaient juste a coté du village où il avait passé une bonne partie de sa jeunesse, le Bois Sacré. Il régla en quelques heures la mission qui l'occupait dans son coin perdu du Nord d'Itche, puis il s'endormit avec le peuple-mémoire de quelques rêves de jeunesse. Dès l'aube du lendemain, Tymo bien installé dans la caisse à échantillons, il enfourcha son gros deux roues dont le moteur ne s'arrêta que quinze heures plus tard, devant le bâtiment central commun des Terres Jaunes.

4

Bien qu'il fut dans un rustique village de pionniers, son apparence sauvage lui valu bien des coup d'oeils interrogateurs. Torse nu, bronzé à l'extrême et couvert de poussière, on eut dit qu'il portait une vielle veste moulante de cuir délabrée par les intempéries. Son pantalon de peau, ses bottes montantes, et sa casquette informe, complétait son costume couleur de terre. Sur son visage, la poussière s'était incrustée dans sa barbe et à moins de l'observer de près, on croyait qu'il portait un masque de motard. Il releva ses lunettes de protection, mit la machine sur sa béquille, et s'epousseta pendant de longues minutes. Il vérifia que le sondeur était toujours dans son étui à sa ceinture, puis il pénétra dans le bâtiment, laissant Tymo de garde. Il se trouva face à un jeune homme qui triait des documents derrière un comptoir.
- Je suis l'envoyé du seigneur Tarel d'Itche; pour votre problème d'animal meurtrier. Le jeune leva les yeux, resta un instant silencieux, puis ouvrit finalement la bouche et bredouilla:
- Euh ....oui... monsieur l'administrateur n'est pas là; je vais prévenir madame, elle va vous recevoir. Il se leva, parcouru le couloir, et frappa à une porte. Il entra et ressortit rapidement.
- Par ici, s'il vous plait. Dekar lui emboîta le pas. Le jeune homme s'effaça devant la porte et lui fit signe d'entrer. Dekar pénétra dans la pièce. Il douta un court instant, mais lorsqu'elle leva les yeux et qu'il croisa son regard, il la reconnue.

5
Il ne l'avait pas vue depuis plus de quinze ans, mais elle ne l'avait pas quitté. C'était l'amour de sa jeunesse, la fille dont il était tombé amoureux adolescent. Il ne l'avait jamais embrassé, ne s'était même jamais déclaré, trop timide et maladroit qu'il était à cette époque maintenant lointaine. Il l'avait rencontrée dans la classe des ados et en quelques jours, quelques échanges, son coeur avait fait sa moisson pour toujours. Elle n'avait pas une physionomie remarquable, et il était bien le seul à qui elle plaisait. C'était une personne toujours discrète, simple, presque invisible de banalité. Mais il avait très vite senti qu'il ne s'agissait que d'une illusion de banalité. Il lui avait surpris des regards d'un rare pouvoir pénétrant. Ceux qui s'étaient risqués à se moquer d'elle s'étaient d'abord vus exposés un silence indifférent, puis la seconde fois, à des répartis inattendues et tellement cinglantes qu'ils avaient instantanément compris qu'il ne fallait pas se frotter a elle. C'était un femelon (3) pacifique et toujours calme, mais aussi extrêmement vénéneux. Elle comprenait presque tout, vite, et en général avant tout le monde. Adolescente, elle avait un physique léger et nerveux. Au tir, au jeu de ballon, elle n'était guère brillante, ainsi que dans la plupart des disciplines qui demandait beaucoup d'habilité manuelle. Mais sa mémoire était remarquable et elle excellait dans les épreuves d'endurance. Il se rappelait toujours la course du Jour Long, une épreuve où tous les adolescents devaient effectuer un long trajet qui durait une dizaine d'heures, ponctué d'épreuves diverses, seulement muni de la ration d'eau estimée nécessaire. Il l'avait observée du coin de l'oeil, parce que bien sûr, il ne s'intéressait qu'à elle, même s'il faisait tout son possible pour le dissimuler. Elle avait transpiré et souffert comme tout le monde, mais elle était dans le peloton de tête des filles. Pour lui, la chose était un peu moins pénible: les garçons sont généralement sensiblement plus rapide que les filles, et il avait pu s'accorder à son allure sans démériter; parce qu'arriver le mieux placé l'intéressait infiniment moins que d'être à coté d'elle. En approchant de l'arrivée, il l'avait vue, elle était extenuée mais avait encore un peu de ressource. Elle avait largement assurer dans les épreuves intermédiaires, et cela lui avait fait gagner de précieuses minutes qui la mettait à la hauteur des sportives les plus fanatiques. Dans un jour exceptionnel comme celui-la, elle aurait naturellement du se vider les tripes et arriver première des filles de sa catégorie. Mais elle avait levé le pied, il en était persuadé, et s'était contentée de la deuxième place. Pourquoi? Il n'avait pas d'explication vraiment satisfaisante. Elle avait laissé la première place à la super vedette féminine qui faisait tourner toutes les têtes, elle n'avait pas de raison de lui faire ce cadeau. Mais pour une obscure raison connue d'elle seule, elle s'était effacée. Son amour pour elle s'était alors totalement cristallisé. C'était un garçon sensible, et ce secret qu'il partageait avec elle -à son insu- l'avait submergé. Ils se côtoyèrent en amis de classe encore une année, sans qu'il parvienne à se déclarer, cloîtrer dans une admiration muette. Puis son père mourru, et il était parti en Ur vivre chez son oncle. Les années passèrent. Avec le temps, il l'idéalisa. Son image habitait son esprit, il ne s'en défaisait pas. Il la voyait dans ses rêves, et parfois, il l'apercevait au loin, dans la réalité, marchant parmi d'autres gens. Il courait pour la rattraper, la saluer, mais ce n'était pas elle. Seulement une femme qui lui ressemblait, de dos, ou de loin... Il vivait avec une icône, basée sur un véritable individu, mais embellie et magnifiée par un rêve de perfection et de pureté amoureuse. Une icône se figeait petit à petit...sans jamais s'effacer. Les couleurs de la mémoire se ternissaient, alors il les ravivait par l'imagination.

6
Elle se leva, et lui sourit. Elle avait toujours ce sourire étrange, un peu en coin. Étant enfant, elle était tombée d'un arbre et s'était méchamment déchiré la joue sur une branche pointue. Le médecin avait réduit la plaie, et fait en sorte qu'il n'y ait qu'une cicatrice presque invisible. Mais cette vieille blessure redevenait perceptible lorsqu'elle souriait largement. Son aspect avait bien changé. Sa taille de guêpe s'en était allée, mais elle gardait une silhouette fine et équilibrée. Elle portait une robe blanc cassé ajustée, en tissu de qualité, fort bien coupée. Une ceinture autour de sa taille avait pour boucle un bijou de métal argenté, représentant l'Oiseau Lumineux, emblème de la maison de Siler (4). C'était la signature de son mariage avec un noble de la maison, selon les apparences, l'administrateur des Terres jaunes. De part et d'autre de la boucle, sept médailles, une pour chacun de ses enfant ou des jeunes dont elle avait la charge. Deux serpents tatoués partaient de ses mains et s'enroulaient autour de ses bras nus, jusqu'aux épaules. Ils devaient se nouer sur le plexus solaire, selon la tradition de ce motif. Un tatouage très bien exécuté par un artisan de haut vol. Un thème plutôt rare, car douloureux et long à réaliser, mais d'une esthétique et d'un symbolisme marquants. Autour de son cou, un large collier pectoral reposait sur ses épaules, signe de son appartenance à la classe des administrateurs. Comme elle n'était pas de naissance noble, ce dernier ne comportait aucune pierre, aucun métal précieux. Il était simplement constitué de fibres végétales tressées qui reprenaient des dessins géométriques courants. Ses cheveux bruns étaient attachés derrière sa tête, sans aucune cérémonie, ses yeux gris d'eau étaient toujours aussi pénétrants, bien que d'une nuance devenue un peu plus claire. Une Onlee (5) apparemment bien éloignée de la petite roturière tenace de jadis, qui passait parfois pour un laideron, et que l'on jalousait pourtant bien vite. Autorité et légèreté...

7
Elle sortit de derrière son bureau. Ils se saluèrent: d'abord la main sur la poitrine, puis la paume se retournant doucement vers l'autre personne. Ils restèrent ainsi de longues secondes, se dévisageant, puis leur paumes s'avancèrent et se mirent en contact l'une avec l'autre, en signe d'amitié. Leurs effluves réciproques, matériels et immatériels, se rejoignaient. Dekar rêva que leurs doigts se nouaient, comme deux amoureux qui se retrouvaient... Ensuite, ils se prirent fraternellement dans les bras l'un de l'autre, et rajeunirent quelques instants d'une génération... Finalement, elle s'assit décontractée sur son bureau, et indiqua d'un geste un siège à Dekar. Elle l'observa d'un air amusé, le sauvage qui venait de débarquer dans son monde gentiment civilisé.
- Alors c'est toi l'envoyé de ce vieux renard de Tarel. Bienvenu au pays, mon Dekar. Tu as peu changé; toujours aussi élégant et nomade... Il y avait un soupçon d'ironie sympathique dans ces derniers mots.
- Je me suis bien secoué avant d'entrer pour ne pas mettre de la poussière partout...
- Tu peux bien mettre deux tonnes de poussière dans mon bureau si tu nous débarrasses de cette bestiole...
Elle fit préparer par le jeune homme de l'entrée un maté (6) doucereux accompagné de quelques biscuits. Quand elle vit à quelle vitesse ces derniers disparurent, elle fit chercher une copieuse assiette de riz et de viande en sauce. Ils se racontèrent leur vie de ces quinze dernières années. Toute jeune, elle était entrée au service de la famille administrant les Terre Jaunes, et on l'avait rapidement chargée de toute sortes d'affaires. Elle avait habitée la capitale de Siler, toujours au service de la famille. La suite se fit naturellement, et elle avait fini par revenir au pays, en quelque sorte avec une belle promotion sociale.


8
Quand Dekar fut rassasié, elle ouvrit un petit placard et en sorti une bouteille d'alcool. D'un tiroir de son bureau elle prit une boite de cigare et lui en proposa un. Il regarda, le renifla, et fit une grimace sans équivoque. Il fouilla dans une poche de son pantalon.
- J'ai mieux, dit-il. Je fais ça moi même quand c'est la saison. L'aspect n'était pas terrible, et Onlee craignait un produit très fort. Elle en mit un en bouche, et se pencha vers Dekar qui lui donna du feu en disant:
- Le plus important, c'est le moment de la récolte... Elle fut surprise par le parfum subtil, et la finesse du goût. L'effet désinhibateur vint immédiatement et elle se dit qu'elle devrait veiller à ne pas exagérer. Elle rentra dans le vif du sujet.
- Voila des photos des corps. Le premier a été enterré dans un simple linceul, mais j'ai fait mettre le deuxième en cercueil avec cent kilos de natron (6). J'ai vu venir le problème. Le troisième est toujours dans la glace au dispensaire. Dekar examinait les photos.
- Ouais.....ouais... ça ce n'est pas un prédateur connu. Comme ça, vite fait, je dirai que c'est une espèce inconnue qui s'est établi dans le coin et cherche à faire le vide sur son territoire. Regarde, ce n'est pas tuer pour manger, c'est une exécution. Il indiquait des parties des différentes photos. Tu vois, les corps sont presque intacts à part les parties où les blessures ont provoquées la mort; la bestiole à tout de même goûté là (il indiqua les parties génitales) mais ça n'a pas l'air de lui avoir plut.
- Cela ne pourrait pas être un crime? Je veux dire, l'oeuvre d'un malade ?
-Il faudrait qu'il soit vraiment balaise... tu vois, pour tuer comme ça, il faut une sacrée force. Un homme ne peut pas tuer comme ça; à moins...
- A moins ?
- A moins qu'on ait affaire à quelqu'un de très imaginatif; il pourrait s'être fabriquer une énorme pince, avec un gros bras de levier et des mâchoires façonnées pour simuler une morsure d'animal...
- Un peu tiré par les cheveux.
- Sûr. Je te donne juste une possibilité. Je n'y crois pas un instant. Si on n'élimine pas vite fait cette bestiole vous allez avoir du mal à....
- Du mal à récolter, à cueillir, et même à se promener...
- Nocturne ou diurne? La question lui vint soudain.
- Hmm... Elle feuilleta le dossier. Tangent. Plutôt en fin de journée dans ce cas. Dans les autres... elle tournait des pages; début de nuit, semble-t-il... Elle lui remit tous les éléments qu'elle possédait et il parti se doucher, puis dormir. Il ne s'assoupit que peu de temps dans la salle réservée aux gens de passage. Le lendemain, il étudia le corps dans la glace et fit exhumer les deux autres. Il squatta quelque peu le bâtiment administratif pour étudier les cartes, avec les emplacements et les circonstances des drames. Il parla longuement avec le sergent d'armes, qui s'était occupé de l'affaire depuis le début. Pour répondre à d'autres de ses questions, Onlee passa elle-même une multitude de coups de fils partout dans le Premier Pays (7). Elle prenait des notes brèves dont elle lui faisait lecture au fur et à mesure. Le Fils (8) administrateur en titre, le mari d'Onlee, fit un bref passage et reparti rapidement, voyant que l'affaire était en bonnes mains.


9
L
e deuxième jour, Dekar se fit prêter un revolver de gros calibre -son arme antique n'était pas l'idéal à courte distance- et il se rendit aux endroits tragiques avec son deux roues. Il commençait à se faire une idée du prédateur. Ce devait être un très gros animal, chassant en se déplaçant silencieusement. Un animal intelligent, apparemment de la famille des trentas (9). Il trouva des indices intéressants, mais rien de décisif ni de directement exploitable. Les lieux avaient été piétinés par plusieurs personnes et le sergent d'armes n'avait pu isoler rapidement et efficacement les zones. Toutefois, Dekar préleva un peu de boue séchée, dans laquelle il y avait des poils et un fragment de feuille. La conjonction de ces trois éléments amenait à des conclusions à peu prés fiables. Le sergent d'armes se chargea de vérifier que cette boue n'avait pas été emmenée par une des personnes qui avait fréquenté les lieux. Rien n'était absolument certain, mais l'indice semblait authentique. Les poils n'appartenaient pas à une espèce connue ou du moins courante, leur couleur et leur texture étaient particulières. La boue ne pouvait provenir que de certaines zones humides et la feuille était bien connue de Dekar : cette plante, le cylas, avait des vertus désinfectantes, une forte odeur caractéristique, et ne poussait en abondance qu'à un endroit du pays. Il fit renifler l'échantillon à Tymo qui lui répondit par un regard circonspect. Au moins l'animal avait-t-il mémorisé les odeurs, ce qui serait surement utile par le suite.


10
Durant tous ses déplacements, Dekar restait en contact avec Onlee grâce à son communiqueur. Cette dernière faisait parallèlement d'autres recherches et il se retrouvèrent le soir, pour débriefer.
- J'ai mon idée, lui dit-il. Je pense que la bête doit avoir son repaire dans le bois de cylas, au nord. C'est le cas de certains trentas, ils se frottent sur les feuilles au sol, s'en font une litière, et dorment souvent dedans. Ça les aide à éliminer leur parasites. J'irai demain.
Si prés d'elle, son coeur ruait dans sa poitrine. Il lui semblait ne l'avoir jamais quittée. Quinze ans après, il la trouvait peu changée dans le fond. Elle était encore cette camarade souriante, aimable et compétente. Il n'était toujours pas capable de lui prendre la main


11

Le lendemain, il se leva tôt et parti vers le bois de cylas. Il pourrait faire le plus long du chemin en moto, mais il lui faudrait marcher plusieurs heures ensuite, à cause du relief caillouteux. Onlee trouvait inutilement dangereux qu'il parte seul, mais il l'avait convaincue que plusieurs personnes seraient moins silencieuses et que la bête devait être prise par surprise. Si jamais son hypothèse était bonne et qu'elle fut vraiment dans le bois, endormie pour la journée... Toutes les heures, il rendit compte à Onlee de sa progression. Vers midi, il lui dit qu'il ne pourrait peut-être plus l'appeler, afin de ne pas faire le moindre bruit. Onlee eut une mauvaise intuition et elle lui demanda de rebrousser chemin. Il refusa; elle insista. Elle se fit même autoritaire. Sans succès. Elle finit par jouer sa dernière carte : elle le supplia. Il hésita, mais finalement ne renonça pas. Vers le milieu de l'après midi, il l'appela, murmurant rageusement dans le micro: Ñ Elle a tué Tymo! La salope! Elle n'est pas loin, je vais l'avoir. Onlee, tu dois savoir...
- Oui? Elle lui répondait de sa belle voix de brune qu'il entendait comme un message d'un au-delà paradisiaque. Elle cachait son angoisse, il était inutile d'en rajouter.
- Euh... te fais pas de bile; le problème sera bientôt réglé. Onlee sentit le tremblement de sa voix. Elle se demanda pourquoi il prenait tant de risques, elle cherchait à comprendre. Elle conclut que si la tâche lui paraissait extrêmement risquée à elle, pour lui ce n'était pas si terrible. Elle mit le ton de sa voix sur le compte de la tension qu'il vivait. Mais cette explication facile ne la satisfit pas pleinement. Quelque chose lui échappait, elle le sentait.
- Iloy! cria-t-elle au jeune réceptionniste, fais chercher le pilote et dis lui de préparer l'hélico ! Elle sortit en petite foulée, s'arrêta chez elle à quelques dizaines de mètres, gravit quatre à quatre les escaliers qui menaient à sa chambre. Elle enleva sa robe d'un geste, et enfila une veste et un pantalon de peau légére, ainsi qu'une paire de botte, le tout en une minute. En redescendant, elle prit le fusil court dans le vestibule et remplit une de ses poches de munitions; des "têtes rouges", les plus méchantes, pour gros gibier. Elle arriva essoufflée au hangar des machines communes, en périphérie du village. L'engin volant ne servait que rarement, en raison de son coût de fonctionnement. Elle avait un pilote attitré, le jeune Jaan, car son usage n'était pas des plus simple. Il l'attendait. Il vint vers elle, le regard interrogateur.
- Madame ?...
- Jaan! Nous allons au nord. Elle chercha du regard la carte murale.
- Ici. Avons nous assez d'autonomie ? Le doigt de Jaan parcouru un listing suspendu à côte de la carte; il mesura la distance et fit un rapide calcul.
- Tout juste. Qu'allons nous y faire ?
- L'envoyé de la capitale à du fil à retordre avec la bête et je crains le pire. Son communiqueur ne répond pas. Je ne veux pas un autre mort; ç'est urgent !
- Nous allons nous traîner à deux, madame, ce n'est pas une machine trés puissante... Je peux y aller seul.
- Non, Jaan. Je ne peux pas t'expliquer, pas le temps. Je connais tous les détails de cette affaire, cet animal est très dangereux. Si Dekar est blessé, je veux pouvoir le ramener, et si nous sommes deux je ne vais pas laisser quelqu'un seul là-bas avec ce monstre autour. Je devrais m'en sortir. Onlee savait un peu utiliser l'hélico. Elle avait fait raconter sa vie au pilote dés les premières fois où ils avaient volés ensemble, elle en tant que passagère, en général pour des affaires officielles. Par la suite, elle s'était fait expliquer les commandes et les manoeuvres. C'était une petite machine très légère, deux places assises maximum, un seul occupant permettait plus de vitesse et d'autonomie. Cependant, elle n'était pas un as. Voler était dangereux, son manque d'expérience ne la mettait pas en totale sécurité. Onlee n'était pas une téméraire, elle était même carrément aux antipodes de la tète brûlée. Mais elle était aussi très éloignée de la lâcheté et de la passivité. Elle ne resterait pas sans bouger. Jaan avait déjà démarré la turbine et fit toutes les vérifications nécessaires. Il prépara une carte pour Onlee, qui tentait de joindre Dekar par la radio de l'hélico. Jaan remplaça le medi-pack habituel par un plus gros, sous le siége du passager, et il passa quelques minutes avec Onlee, lui faisant des recommandations importantes, surtout si elle devait tarder sur place et ensuite voler de nuit pour le retour. Il lui glissa une petite lampe torche dans sa poche de poitrine, lui ajusta le casque et le harnais tout en lui répétant les consignes indispensables. Onlee décolla relativement proprement, et tout au long du trajet Jaan resta en contact radio afin de l'assister dans la navigation et le pilotage. Onlee eut des difficultés à trouver le bois de cylas, ce qui la fit consommer plus de carburant que prévu. Le retour serait peut-être compromis. Elle survola tout le bois pour repérer Dekar. Ses craintes furent confirmées : elle le vit gisant, inerte, couché sur le sol. Elle avait faillit: elle l'avait laissé se rendre seul dans un endroit dangereux, sans précaution particulière. Elle se posa sans casse à une centaine de métres, la où le terrain le permettait. Elle coupa la turbine pour économiser le carburant, dégrafa son harnais, et sorti de la cabine l'arme dans une main, le medi-pack dans l'autre. Elle espérait que la bête ait eu peur du bruit et qu'elle s'était enfuie, c'était d'ailleurs probablement ce qui s'était passé. Elle réalisa qu'elle venait peut-être aussi de se jeter dans la gueule du loup, et qu'elle pouvait faire le cinquième cadavre dans quelques secondes ou quelques minutes. Elle parcouru la distance qui séparait la zone d'atterrissage de l'endroit ou Dekar gisait, des ecchymoses sur tout le haut du corps, du sang dans les cheveux, inconscient. Il respirait encore, irrégulièrement. Elle s'accroupit et mis la tête du blessé sur ses genoux, posant l'arme, ouvrant précipitamment le medi-pack. Alors, elle sentit la présence. Elle leva les yeux, et vit la bête, paisiblement allongée à une dizaine de pas, tout contre un buisson qui l'avait rendue invisible. Une bête superbe et énorme, dont les yeux d'or la fixaient. Onlee sentit une lame de glace lui parcourir le dos; elle ne bougea pas un cil pendant de longues secondes, puis lentement, elle tourna les yeux - seulement les yeux - vers l'arme à portée de main. La bête émit un grognement léger, et Onlee renonça à saisir le fusil. Elle eut une perception inhabituelle. Elle regarda la bête dans les yeux, des yeux d'or rivés aux siens, parfaitement immobiles. Elle eut la conviction que la bête ne l'attaquerait pas. Une conviction viscérale, qui n'avait rien de logique, mais dont elle ne douta pas. Sur ses genoux, elle sentait la conscience de Dekar oscillait. Elle n'avait pas vu cet ami d'enfance depuis quinze ans, et deux jours après l'avoir retrouvé, il agonisait dans ses bras. Une émotion la submergea. Une émotion oubliée. Elle était redevenue une toute jeune fille, irradiant pureté et virginité, accueillant dans un léger balancement la brise et la lumière tiède du soleil. Il n'y avait plus de mensonge, de politique, de combativité. Son coeur implosa comme jamais depuis tant d'années, et elle se mit à pleurer. Elle pleura leur jeunesse et leur innocence perdue. Elle pleura ce monde partit à jamais, la sincérité, la spontanéité, l'enfance. Elle se revit toute jeunette, jouant au ballon avec d'autres enfants de son âge. Puis un peu plus tard, un peu plus âgée, elle revit les fréquentations de sa jeune adolescence, et un Dekar qui lui souriait maladroitement. Elle eut une sensation de brûlure diffuse dans le ventre et dans la bouche un goût amer. Elle avait maintenant une quinzaine d'années. C'était le Jour Long, qui venait de commencer, très tôt, dans la nuit. Elle avait joué le jeu, mais pas jusqu'au bout : la gloriole ne lui apportait rien, elle savait ce dont elle était capable, et préférait garder ses cartes secrètes. Elle avait finit l'épreuve avant l'arrivée de la forte chaleur. Epuisée, avec quelques camarades, elle était allée faire la sieste sous les châtaigners de ce coin de l'extrême nord de Bois Sacré. Elle rouvrit les yeux, le corps encore trempé par la course, avec toujours Dekar sur ses genoux. La bête n'avait pas bougé. Elle se léchait tranquillement une de ces énormes pattes. Onlee se savait perturbée, elle n'était pas dans un état normal. Elle transpirait, mais son corps était glacé. Elle caressa la joue brûlante de Dekar, qui réagit en tressaillant. Onlee releva la tête et croisa le regard hypnotique de la bête. Elle se perdit dans l'or de ses iris. Elle vit Dekar jeune, adossé contre un arbre, et elle se vit endormie, la tête reposant sur les jambes de son camarade. Il la couvrait passionnément du regard. Elle se vit à travers ses yeux, respirant doucement, les paupières fermées, les lèvres délicatement closes. Le Jour Long. Il y eut un voile d'or et elle distingua, à quelques dizaines de pas du groupe d'ados endormis, bien cachée dans un taillis, une portée de boules de poils naît depuis peu. Alors elle réalisa : la bête était l'un de ces petits, et elle l'avait ramené à ce passé par son regard doré. L'or sonnait dans l'esprit d'Onlee:


-.... à peine née j'ai entendu la Voix
,
la Voix qui couvre tout,

qui regarde la Paisible, l'Endormie...

Et puis la Voix est partie,
et je l'ai cherchée, cherchée....

J'ai parcouru les plaines et les bois,
Les sols de pierre et les terres humides...


Et je Vous ai retrouvés...
et je Vous ai réunis...


Comme au tout Début,
quand je me suis éveillée,
Quand la lumière et la matiére sont apparue,
Quand j'ai entendu la Voix qui couvre tout...
Au début du monde...

Je vous ai réunis...

......

Onlee posa une main sur la poitrine de Dekar. Elle sentit son coeur battre. Il avait ouvert les yeux et la fixait comme une apparition, des reflets dorés dans le regard. Elle se pencha doucement et l'embrassa. La bête se leva en baillant, puis disparu dans les fourés.

Fin.



Premier Pays: à l'époque où se déroule l'action, le Premier pays est le seul territoire occupé par les hommes. Il comporte plusieur provinces, dont Itché, Siler, et Lemure.

(1) Terres Jaunes : Village de pionniers, limitrophe du village de Bois Sacré. Tous deux sont situés dans la province de Siler.

(2) Arfang : gros prédateur alterrien assez commun, court sur pattes, chassant géneralement aux aguets.

(3) femelon : jeune animal femelle.

(4) Oiseau Lumineux, emblème de la province - et de la Maison - de Siler. Il s'agit d'un oiseau assez comparable au corbeau, en forme comme en moeurs, à part sont plumage totalement argenté.

(5) Onlee : prénom de l'administratrice de fait des Terres Jaunes.

(6) Maté : infusion d'herbe dynamisante.

(7) Natron : sel desséchant les chairs et ayant une action conservatrice.

(8) Fils: titre; exactement: "Fils du Miracle"; en référence aux circonstances miraculeuses qui permirent la decouverte d'Alterra. Porté par les descendants directs des douze premiers colons.

(9) Trentas : carnassier puissant et rapide, souvent itinérant, réputé insaisissable.